Le café: toute une histoire

D'Ethiopie au monde arabe

Les premiers caféiers poussaient en Ethiopie à l’état sauvage.  Beaucoup de légendes circulent sur les circonstances de la première consommation du café. L’une d’entre elle prétend que ce serait un berger qui se serait aperçu que ses chèvres après avoir brouté les fruits rouges de la plante seraient devenues étonnement agitées et n’auraient pas fermé l’œil de la nuit. Le berger diffusera la nouvelle et un moine d’un couvent voisin fit bouillir les « noyaux » de ces fruits dans de l’eau. Les prêtres s’adonnèrent alors avec rigueur aux prières nocturnes.

 Au départ ces fruits aux vertus stimulantes étaient préparés en bouillies ou en infusion par les paysans. Cette boisson était aussi utilisée pour des usages thérapeutiques  contre les troubles digestifs et la somnolence. C’est certainement en Ethiopie que le principe de torréfaction fut inventé permettant d’obtenir la boisson aromatique que nous connaissons aujourd’hui.

Les graines de caféier traversèrent ensuite la mer rouge pour être mises en culture pour la première fois au Yémen au XIIème siècle. Cette boisson appelée alors qahwa, ce qui signifie force et élan, se propagea tout au long du XVème siècle dans le monde musulman, d’abord à la Mecque puis dans tout l’islam. Des sacs de grains de café étaient emportés sous bonne escorte à dos de chameau depuis les cultures du Yémen vers l’empire turc sur la piste caravanière du désert.

Le port de Moka au Yémen aura l’exclusivité du commerce du café en grains jusqu’au XVIIème siècle.

Le café devient très rapidement la boisson favorite du monde arabe, l’alcool y étant interdit. Les premiers cafés apparurent durant le XVIIème siècle à Constantinople puis se répandirent à Alexandrie, La Mecque…  .  

Jusqu’au XVIIIème siècle l’Arabie détient le monopole de la production de café. Des compagnies maritimes européenne  s’occupent alors de faire venir le café du port de Moka vers l’Europe telles la East India Company et plus tard la compagnie hollandaise des Indes orientales.

 

Caravane de café

Caravane de marchands vendant du café

 

Arrivée en France

 C’est en 1615 que la première cargaison de café vert en provenance d’Arabie est déchargée en Europe, à Venise.

En 1616 le marchand Hollandais Pieter Van der Broecke parvient à subtiliser quelques plants de café à Moka. Les hollandais expérimenteront alors une première plantation de caféier à Ceylan en 1658 puis dans toutes les colonies hollandaises d’Asie en 1690.

 Il faudra attendre 1644 pour que le café soit introduit en France par le marchant Jean de la Rocque par le port de Marseille souvent surnommé « la Porte de l’Orient ». La première « maison de café » ouvre en 1654 dans cette ville.

Cependant c’est l’ambassadeur du sultan turc, Soliman Aga qui, lors de sa visite à Versailles en 1669, a fait découvrir le café à la haute société et à la cour de Louis XIV. Cette boisson brûlante offerte par des esclaves enturbannés retiendra l’attention et contribuera à la mode des « turqueries ».

En 1672 un arménien ouvre le premier débit de café à Paris près de la foire Saint-Germain puis en 1686 ouvre le prestigieux café le Procope en face de l’ancienne Comédie française, encore ouvert de nos jours. Ce café réunira par la suite de nombreux beaux esprits de La Fontaine, en passant par Voltaire, Rousseau, Beaumarchais, Balzac, Hugo, Verlaine et tant d’autres. Les cafés deviennent des lieux ou les idées libérales naissent, de par leur fréquentation par des philosophes et lettrés.

 Le café subit de vaines condamnations religieuses tant en Occident qu’en Orient car il est accusé de détourner l’esprit du chemin de dieu. Les idées nouvelles qui germent dans les cafés déplaisent également aux monarques qui sentent leur autorité contestée. De plus les producteurs de vin en France ou de bière voient d’un mauvais œil ce nouveau concurrent. Enfin des rumeurs circulent à propos des effets néfastes de la boisson sur la santé. Il a donc fallu attendre cent années pour que le café devienne un produit d’épicerie.

 

Femme noble degustant café

Femmes nobles dégustant leur café

 

Multiplication des lieux de production et progressive démocratisation du café en France

A partir du XVIIème siècle, les pays européens, dont la consommation en café augmente dans la haute société et chez les intellectuels, tentent de se défaire de la dépendance face au café Yéménite et de se lancer sur ce marché prometteur.

 En 1710 les premiers caféiers visibles en Europe proviennent de la plantation hollandaise de Java de se trouvent au jardin botanique d’Amsterdam. Trois ans plus tard Louis XIV recevra un de ces plants pour les jardins du roi. Ainsi en 1715 puis en 1720 la France transplante quelques pieds offerts par la Hollande au jardin du roi vers l’île Bourbon (île de la Réunion) et vers les colonies antillaises. Les plantations coloniales apparaissent ensuite tout autour du monde entre les deux tropiques pour répondre à la demande croissante. A partir du milieu du XVIIIème siècle le café se démocratise. Il n'est plus un produit de luxe réservé à une infime part de la population.

Afin de garder une place importante sur ce marché les Hollandais et les Français menacent de mort ceux qui emporteraient des semences. Néanmoins en 1727 la femme du gouverneur de Guyane remet des grains à un officier brésilien par lequel elle a été séduite. C’est à partir de ces graines que vont germer les futures plantations d’Amérique, dans lesquelles les esclaves ramenés d’Afrique (traite négrière) travaillent et vivent dans des conditions abominables. Le café sera donc, tout comme le coton, importé en Europe dans le cadre du commerce triangulaire.

En 1780 la France devient le premier producteur de café grâce à ses plantations antillaises essentiellement situées St Domingue. Néanmoins, trois ans après la révolution, en 1791, les  esclaves de l’ile de St Domingue menés par François Toussaint Louverture, revendiquent leurs droits. Une violente insurrection aura lieu ce qui débouchera par l’indépendance de l’île. A cette date il existe 2000 cafés  à Paris alors qu’on en dénombrait 380 en 1720. La France importe alors annuellement 39 000 tonnes de café. Les débits de café connaissent un réel développement. En effet, au début de l’empire ils sont 4000 dans la capitale française.

Dans les milieux sociaux ayant les moyens, chacun se doit alors de fréquenter au moins un café. Ainsi Robespierre fréquenta la Régence pour jouer aux échecs et le Procope pour déguster du Moka. Nombre de ces cafés font alors office de cercles politiques. Napoléon était un très grand amateur de café, il a d’ailleurs affirmé qu’il « avait toujours sept cafetières sur le feu » pendant la campagne d’Egypte pour discuter de l’Islam avec les Turcs.

Malheureusement en 1806 il se voit contraint d’instituer un blocus continental pour des raisons politiques. Ce blocus consistait à promouvoir l’autosuffisance dans l’empire car les britanniques étaient maitres des mers. L’Europe se voit alors privée des produits importés du continent américain. Un substitut au café et alors imposé : la chicorée. La chicorée est fabriquée à base de racine de chicorée et n’a ni le goût aussi subtil ni les propriétés stimulantes du café.

Le blocus continental  n’a duré que quelques années mais la chicorée a continué à être consommée car l’offre de café était insuffisante pour répondre à la demande. La chicorée est encore consommée dans certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais.  

Le prix du café a continué à baisser  avec l’augmentation de la production. Ainsi, de plus en plus de citoyens adoptent ce rituel quotidien qu’est la dégustation d’un bon café. En 1850 on dénombre 3000 cafés à Paris. Dix ans plus tard, durant la campagne d’Italie opposant une armée franco-piémontaise à l’Empire d’Autriche, le café fait partie de la ration militaire accordée aux soldats : les derniers français n’ayant jamais goûté de café le découvrent enfin.

Après être devenu le premier producteur de café suite à l’insurrection à st Domingue, le Brésil fournit 90% de la production mondiale au début du XXème siècle.

De 1906 à 1914 une grande crise du café apparait, due à une surproduction. Pour éviter la chute des prix le gouvernement  français jette à la mer et brûle une partie de la production.  A la libération, en 1945, les Gis américain font  découvrir aux français le café soluble inventé au début du siècle.

C’est pendant les trente glorieuses que sa consommation a fini par se démocratiser complètement. Ainsi la consommation de 900 000 tonnes au début du siècle est passée à 2,4 millions de tonnes en 1945 pour atteindre 6,3 millions aujourd’hui.

 

un café parisien

Un café parisien au milieu du XXème siècle

 

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